Neuvaine à Sainte Germaine
Neuvaine à Sainte Germaine
pour la Béatification du Père Marie-Antoine
Se mettre en la présence de Dieu et invoquer les lumières du Saint-Esprit par un chant.
Viens, Esprit de Sainteté (ou autres)
Refrain
Viens Esprit de Sainteté, viens Esprit de Lumière,
Viens Esprit de feu, viens nous embraser
Couplet
Fais-nous reconnaître l’amour du Père et révèle-nous la face du Christ.
Ô Sainte Germaine,
enfant humble et souffrante,
qui avez sanctifié votre vie par la patience, la prière et l’amour de Jésus,
je viens à vous avec confiance.
Vous qui avez été éprouvée dès l’enfance,
vous qui avez connu la pauvreté, le rejet et la maladie,
obtenez-moi la grâce de supporter chrétiennement les épreuves de la vie.
Je vous supplie, Sainte Germaine,
d’intercéder pour moi auprès de Dieu
et de m’obtenir la grâce que je vous demande, Que le Père Marie-Antoine soit pour le monde un exemple, en l’élevant sur nos autels. Lui qui vous évoquait avec tant de tendresse et qui donna, sans compter sa peine et les distances, son concours aux hommages dus à « la petite fleur chérie de Dieu », choisie pour confondre l’orgueil des hommes.
Si cette grâce est conforme à la volonté divine
et au salut de mon âme, accordez-la moi,
par Jésus-Christ Notre Seigneur.
Amen.
Premier jour
L’humilité
« Heureux ceux qui s'abaissent, parce qu'ils seront élevés »
Lecture
La vie de Germaine, une vie simple, obscure, humiliée. Ses parents étaient de pauvres cultivateurs ; sa famille, comme celle des paysans, était laborieuse et ignorée. Sa profession ? Bergère. Sa demeure ? Une modeste maison, une chaumière. La place qu’elle y occupe ? Repoussée de tous, elle vit à l’écart dans un étroit réduit, couchée sur des sarments, sous un escalier. Ses relations ? Fille des champs, elle est seule avec son troupeau, sans amis ; nul ne la remarque, nul ne la prend en pitié.
C’est ainsi que la Providence a préparé cette âme qu’elle veut élever.
L’orgueil provoque l’abaissement, mais l’humilité attire les bienfaits du Seigneur qu’il répand à flots dans l'âme de Germaine. Aimante et sensible comme les natures souffrantes et privilégiées, elle voit bien l’étendue du vide profond qui pèse sur son existence. Le mépris la blesse, l’humiliation déchire son cœur. La pauvre enfant sent la rigueur cruelle d’une vie déshéritée. Et pourtant, elle n’a pas un sentiment d’envie pour les heureux du monde. Ingénieuse à éviter ce qui peut éveiller la sollicitude des autres en sa faveur, elle accepte l’abandon, l’oubli et l’injure, sans se plaindre, avec douceur, avec humilité. Petite Germaine, combien vous êtes grande dans votre humilité, auprès de nos petitesses vaniteuses, de nos exigences, de notre susceptibilité.
Sainte Germaine et le Père Marie-Antoine
Sainte Germaine et le Père Marie-Antoine n’ont rien de commun.
Entre la date du décès de sainte Germaine et celle de la naissance du Père Marie-Antoine de Lavaur, 224 ans séparent leur destin.
La petite bergère de Pibrac est morte à l’âge de 22 ans. Le robuste et infatigable Père Marie-Antoine de Lavaur à l’âge de 82 ans.
Pourquoi rapprocher ces deux personnalités apparemment si différentes ? Germaine, malade, sans vraie famille ; Léon Clergue, solide garçon, dans une famille affectueuse. Quels liens unissent ces deux êtres ?
La pauvreté assurément, Germaine, par la condition de sa naissance, Léon devenu le Père Marie-Antoine de Lavaur, par choix.
Et tous deux, l’humilité, par volonté, et une foi chevillée au cœur que rien ni personne n’a pu ébranler.
L’humilité est rarement naturelle, face à l’orgueil de notre humanité. Elle le devient par la foi, nous dit le Père Marie-Antoine. Et en même temps, ajoute-t-il, « la foi ne progresse qu’en compagnie de l’humilité du cœur, un cœur d’enfant ».
« Le Père Marie-Antoine, écrit le cardinal Saliège, prenait l’Évangile à la lettre. Il ne doutait pas de sa vérité et de son efficacité. Il était comme les apôtres, il ne doutait de rien. Sa foi, il la portait dans sa parole, dans son attitude. Elle faisait partie de lui-même. Rien que sa présence était une prédication. »
Le Père Marie-Antoine explique :« Quand on a trouvé Jésus, la souffrance n’est plus la souffrance, l’humiliation n’est plus l’humiliation, la mort n’est plus la mort : tout est transfiguré. C’est le miracle de l’amour. »
Après le Christ, Marie est l’exemple absolu de l’humilité. C’est l’amour passionné que le Père Marie-Antoine portait à la sainte Vierge, qui a vaincu son orgueil, Écoutons-le :
« Voici la servante du Seigneur, dit Marie. Que ce que vous dites soit fait : Fiat. » Le Fiat de Dieu n'avait produit que la créature, le Fiat de Marie produit le Créateur. Le Fils que le Père enfante dans son sein éternel par la contemplation de sa puissance, Marie le conçoit dans son sein virginal par la contemplation de son néant. Miracle des miracles ! En se plaçant la dernière dans la création, Marie devient la première, et en s'abîmant dans l'abîme de son néant, elle s'élève tout à coup sur les sommets de la gloire ».
« Demandons à Dieu l’humilité. Sans une profonde humilité, la plus belle vertu se corrompt et devient une vile pâture de l’amour-propre. Sans elle, l’homme court infailliblement à sa ruine, parce qu’il s’établit en soi-même, au lieu de s’établir en Dieu. Voilà le fondement, l’unique fondement de toute sainteté. »
Prière
Sainte Germaine, vous avez vécu cachée, méprisée, ignorée,
mais Dieu vous regardait avec amour.
Obtenez-moi un cœur humble, qui ne cherche pas à paraître.
Notre Père, trois Je vous salue, Gloire au Père
Sainte Germaine, modèle d’humilité, priez pour nous.
Sainte Germaine de Pibrac, priez pour nous.
Deuxième jour
La patience
« Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage »
Lecture
Si nous pouvions contempler, ne serait-ce qu’un instant, l’humble vierge de Pibrac, quelle douceur, quelle sérénité ! Auprès d’une marâtre injuste et emportée, elle est d’une humeur égale, calme, sans trouble ni contrariété apparente. Sa belle âme, pure et tranquille, reste paisible dans l’agitation, ainsi qu’un lac aux eaux limpides sous l’ouragan qui renverse tout sur son passage. Arrêtons-nous, observons l'entourage bruyant qui s’agite autour de Germaine. Écoutons les paroles dures et les reproches injustes qui lui sont adressés, et puis ce visage d’ange qui ne reflète que bonté.
Ce ne serait pas une vertu, si c’était le résultat d’un caractère insouciant, insensible ou léger. Non, cette maîtrise exercée sur elle-même provient d’une force, d’une énergie, qu’elle puise en Dieu. Lui seul connait son exquise sensibilité. Chez elle, la patience naît de la force de son amour, et cette force soutient son combat. Concentrant et refoulant les mouvements de sa nature, révoltée par un traitement injuste, Germaine porte son regard vers Dieu, et elle voit son Sauveur baisant sa croix au milieu de ses bourreaux. Alors, elle apprend à supporter, accompagnée des consolations que le ciel se complait à répandre dans son cœur.
Se résigner, c’est placer Dieu entre la douleur et soi-même, c’est adoucir par amour les blessures les plus dures. Quand saurons-nous goûter, nous aussi, cette patience ? Pourquoi s’emporter ? Pourquoi résister à tout prix ? La douceur est une force, elle éloigne tout sentiment fâcheux. La douceur éclaire un horizon parfois sombre, elle sème de fleurs le sentier de la vie et répand un baume divin sur tout ce qui l’approche. Oui, mais pour l’atteindre, il faut combattre, il faut lutter, il faut accepter de souffrir.
Sainte Germaine et le Père Marie-Antoine
Quand sainte Germaine entre dans la vie du Père Marie-Antoine, c’est un jeune prêtre de 29 ans, vicaire à Saint-Gaudens. Les fêtes de sa béatification, il prend l’initiative de les organiser, avec ferveur, avec splendeur. Meneur d’hommes, il est partout. Et lorsqu’il lui revient, à l’une des cérémonies de ces deux jours de fête, de faire l’homélie, avec quelle tendresse, quelle poésie, il évoque l’humble fleur des champs si chère au cœur des Toulousains.
Parce qu’elle fut humble, et pieuse, et douce, parce qu’elle fut pauvre, et charitable, parce qu’elle fut haïe et persécutée, le P. Marie-Antoine, ami des pauvres, des souffrants et des petits, sera toujours un grand frère plein de tendresse pour la bergère de Pibrac morte à 22 ans deux siècles plus tôt.
Dans l’année qui a suivi son arrivée à Saint-Gaudens, il avait créé la congrégation des servantes et filles de la campagne. Il voyait dans les fermes les jeunes filles isolées, filles des champs, pauvres servantes marginalisées dans leur lieu de vie, sans amies, sans idéal. Il est parvenu à les regrouper, non sans efforts et grâce à de nombreux concours, en particulier le concours des membres éminents de la Société de saint Vincent de Paul qu‘il avait créée quelques mois plus tôt. Il les réunit le dimanche, leur apprend des jeux, des cantiques, il leur raconte des histoires. Ainsi, des liens d’amitié se créent entre elles, elles ne sont plus seules. Après les fêtes de béatification, la Congrégation prend le nom de Congrégation Sainte-Germaine.
Devenu capucin, et capucin missionnaire, il écrit à ses parents : « Le bon Dieu me fait la grâce d’évangéliser maintenant la campagne et les pauvres. Il me traite en enfant gâté quoique je le mérite peu. Il me donne la meilleure part qu’Il puisse donner à ses apôtres. C’est au milieu des pauvres et des âmes simples que la Parole de Dieu porte les fruits les plus durables et les plus consolateurs. Je vais tout près de Toulouse, dans le voisinage de Pibrac. J’y prierai pour vous la bienheureuse Bergère que Dieu a choisie pour confondre notre orgueil. Je lui demanderai pour mon père, ma mère, ma sœur et tous mes parents et amis, la pureté de cœur, la patience et l’humilité. Joignez vos prières à mes prières. »
La canonisation à Rome le 28 juin 1867, coïncidera avec le dix-huitième centenaire de saint Pierre que le monde entier est venu célébrer le jour suivant. « L’humble fleur des champs, si chère au cœur des Toulousains, répand déjà son parfum printanier dans l’Église universelle ». Et le Père Marie-Antoine écrit le soir dans son carnet de voyage : « En exaltant dans Rome l’humble Germaine, l’Église catholique va donner à notre siècle, si vain et si prétentieux, une leçon par excellence, en tombant à genoux devant cette fille du peuple, la proclamant ainsi plus grande par la sainteté que les empereurs et les rois par leur couronne. »
Prière Sainte Germaine, vous avez supporté sans plainte la dureté des hommes, et vous avez répondu par le silence et la prière. Apprenez-moi à souffrir sans murmurer. Formez-nous à l'école de votre douceur, de votre patience, de votre foi. Notre Père, trois Je vous salue, Gloire au Père Sainte Germaine, modèle de patience, priez pour nous. Sainte Germaine de Pibrac, priez pour nous.
Troisième jour
La pureté
« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu »
Lecture
Germaine offre son cœur à Dieu, que personne n’est venue jamais lui disputer. Solitaire, inconnue, elle vit, comme poussée vers le ciel de tout son amour. Frêle passagère sur cette terre, elle en ignore les dangers et la corruption. Que de beauté et de perfection dans cette âme éclose sous l’œil de Dieu, rayonnante d’une naïve candeur, d’une admirable modestie, d’une touchante simplicité.
Germaine posséda la pureté de cœur de celle qui n’aime que son Dieu, la pureté d’esprit de celle qui veut plaire qu’à lui seul, la pureté de l’âme, attentive à ses sens pour éviter l’ombre même du péché. Elle avait compris que son maître est un Dieu jaloux pour ses vierges fidèles. Elle entretenait fidèlement sa lampe allumée, et quand la voix du ciel l’appela au banquet du Seigneur, Germaine entra embaumée d’une vie consacrée sans réserve à son Dieu.
Sainte Germaine et le Père Marie-Antoine
À peine arrivé au Petit Séminaire, le jeune Léon Clergue, futur Père Marie-Antoine, est très vite autorisé à aller servir la messe dans la chapelle du Refuge de la rue Matabiau (future rue de Rémusat), tout en se préparant à faire sa première communion. Au sortir de la messe, les bonnes sœurs lui donnent une tartine, qu’il grignote sur le chemin du retour, la partageant souvent avec un pauvre aveugle posté sur son chemin, et qui est devenu son ami. Donner le remplissait de joie, mais avoir un ami le remplissait d’une tendresse toute faite de petites attentions qui faisaient plaisir à voir. Cinquante ans plus tard, c’est dans la Maison du Refuge qu’il voudra célébrer les Noces d’or de sa profession religieuse après qu’elles l’aient été à son couvent.
Devenu missionnaire, il aura toujours du temps, partout où il ira, pour les Refuges des Sœurs de Notre-Dame de la Charité et leurs pensionnaires, généralement d’anciennes prostituées, des femmes blessées par la vie. La foi ne se raisonne pas, la foi c’est comme l’amour, cela se vit. Ses allocutions pour elles sont d’une poésie, d’une délicatesse, d’un charme étonnant. Et il puise avec ravissement dans les exemples de Germaine de Pibrac et de Bernadette de Lourdes.
On a le récit de l’installation et la bénédiction de la statue de la petite bergère au Refuge de Narbonne. Tout un triduum en son honneur, qui va avoir dans la ville un succès considérable. Il a invité le Petit Séminaire à venir chanter la messe et se met lui-même à l’harmonium. Vingt-deux prêtres sont là. La procession, avec ses oriflammes et ses bannières, parcourt l’intérieur du couvent, escortant la statue de sainte Germaine qu’il a fait venir de Toulouse, et qui prend possession de son nouvel autel.
Jeune capucin, il arrivait à peine à Toulouse pour y fonder son couvent quand une femme en larmes, de Saint-Gaudens, vient l’y trouver. Sa fille, à laquelle il a fait faire sa première communion quand il était vicaire, a quitté la maison pour entrer dans une maison de débauche de Toulouse. Elle le supplie de mettre tout en œuvre et la lui rendre. Il promet de faire tout ce qui dépend de lui, et lui demande de bien prier la Sainte Vierge. Il monte, avec un colonel d’artillerie, tout un stratagème. Il finit par faire kidnapper la jeune fille, qui pleure, demande pardon, monte dans la voiture en direction de la maison où sa mère l’attend. Soudain, elle parle d’un oubli, son trousseau, demande qu’on fasse demi-tour, et disparaît dans la maison close sans plus revenir. Le Père la rejoint, lui parle, mais elle ne veut plus sortir. Il ne peut que s’éloigner, bien triste, et conscient d’ailleurs, de l’imprudence qu’il vient de commettre. Il ne peut que la confier à Marie refuge des pécheurs. L’histoire fera le tour de la ville, « mais ma confiance, écrit-il, ne fut pas trompée. Six mois après, j’avais le bonheur d’apprendre que l’enfant était de retour auprès de sa mère. «
« C’est la chasteté qui garde le monde, elle est l’arôme qui le conserve. Les individus, les familles, les nations, trouvent en elle et en elle seulement la source du divin auquel toute vie aspire. Aussi, quelle conspiration de l’enfer contre cette vertu des anges ! »
Prière Sainte Germaine, votre âme est restée pure malgré les blessures,
et votre cœur n’a pas été corrompu par l’amertume.
Gardez-moi dans la simplicité et la droiture. Notre Père, trois Je vous salue, Gloire au Père Sainte Germaine, modèle de pureté, priez pour nous. Sainte Germaine de Pibrac, priez pour nous.
Quatrième jour
L’esprit de prière
« Heureux ceux qui cherchent Dieu sans se lasser, car ils le posséderont un jour »
Lecture
Comment ne pas être émus lorsque, nous reportant par la pensée dans la modeste église de Pibrac, on y contemple Germaine agenouillée au milieu des plus pauvres et récitant pieusement son chapelet. Qui pouvait apercevoir alors l’auréole de sainteté qui rayonnerait bientôt dans le monde entier ? Privée d’instruction -de saintes lectures aurait été un aliment à sa piété-, l’humble bergère atteint cependant les hauteurs de la contemplation. La science humaine n’est pas nécessaire quand l’Esprit-Saint dirige l’âme, et lui seul peut révéler les secrets de Dieu. Le matin, devançant l’aurore, et le soir, à la tombée du jour, pendant qu'autour d’elle on cherche le repos, elle, fervente et recueillie, s’agenouille au pied des autels, et là, plongée dans une douce extase, elle adore le Dieu caché, père des orphelins.
L’esprit de prière n’est pas un acte isolé d’adoration : c'est un regard habituel et confiant de l’âme vers son Dieu, précisément le don accordé â Germaine, qui vit sans aucune joie, aucun lien sur la terre. Sa prière est donc incessante, la nuit, le jour, elle élève son cœur vers Celui qui est son tout. Éclairée à ce foyer divin, elle ne s’en détourne plus pour retomber vers de tristes réalités. Pleine de foi, embrasée d’amour, elle attend et contemple sans s’en distraire, et sans effort, le Dieu de bonté qui a pris son cœur. Aussi s’éteint-elle un jour dans ses bras, entourée des vierges descendues du ciel pour la recevoir, mourant loin des regards, sans secours, sans regret, sans consolation.
Prier ! Prier, mais c'est parler à Dieu, monter jusqu’à lui, y contempler l’éternelle beauté dont les élus ne sont jamais rassasiés. « Prier sans jamais se lasser », comme le conseille Jésus, c’est-à-dire s’habituer à ces cœurs à cœurs intimes, prémices dès ici-bas des relations que Dieu veut avoir avec nous pour l’éternité.
Sainte Germaine et le Père Marie-Antoine
Le Père Marie-Antoine était venu à Marestaing dans le Gers 15 ans plus tôt, pour une mission mémorable, puis, l’année suivante, pour la cérémonie de Première communion des enfants qu’il avait promis de revoir. « On l'écoutait avec recueillement. Cette cérémonie, presque intime, n’a fait que resserrer les liens réciproques d'affection, d'union, d'espérance qui existaient entre le P. Antoine, comme on l’appelait, et la paroisse de Marestaing », écrit le curé qui a consacré au missionnaire un des cinq volumes de ses « Notes sur Marestaing », publiées 150 ans plus tard.
Et voici sa « petite mission », douze ans plus tard, durant deux semaines, où a eu lieu l’installation dans leur église de sainte Germaine maintenant canonisée. Le Père Marie-Antoine est arrivé avec une relique de la sainte, qui est exposée à la vénération publique. Une retraite en fait, bien suivie, qui s’accompagne de plusieurs grandes cérémonies comme il en a le secret, elles attirent les foules de toute une région, priantes, avides de l’entendre. La procession de clôture s'annonce sous les meilleurs auspices, la foule est immense, le recueillement émouvant... et voilà que la pluie s’invite à la fête. On doit, avant d'avoir atteint la moitié du parcours, retourner précipitamment à l’église, avec la statue qu’on promenait en triomphe. Dernier enseignement, Salut du Saint Sacrement, dernier cantique, et déjà le missionnaire repart. On l’attend à Castelferrus, dans le Tarn-et-Garonne, pour des prédications au Sanctuaire de Notre-Dame de Lorm.
« Une prière, écrit-il, faite avec humilité et confiance vaut mieux que tous les raisonnements de la terre. La prière, c’est la soumission du cœur. « Je ne voudrais prêcher qu’un seul sermon, je le renfermerais tout entier dans ce seul mot : Priez ! priez ! priez ! Avec ce seul sermon, je sauverais le monde », a dit un grand saint. Tout est prière quand on s’abandonne au Seigneur. La prière est notre force, qui nous est donnée, et qui s’adresse à un Dieu de tendresse. Un Dieu à la fois tout-puissant, et de tendresse et d’amour. Voilà pourquoi la prière est notre force.
Chaque retraite, chaque pèlerinage est pour chacun un combat. Deux armes invincibles assurent la victoire : l’arme de la prière, surtout la prière publique et solennelle, elle est une protestation vivante et têtue contre toutes les forces qui oppriment ou blessent, contre le scandale qui triomphe. Et l’arme de la charité, chacun se mêlant à tous, tout au bonheur de suivre, monter, descendre, aider celui-ci, sourire à celui-là, une bribe de prière toujours prête à effleurer les lèvres et les cœurs, emportée par le souffle de Dieu. Avec ces deux armes, le Christ a conquis le monde. »
Prière Sainte Germaine, vous aimiez l’église, la messe, le Rosaire,
et vous trouviez dans la prière votre force.
Obtenez-moi l’esprit de prière. Notre Père, trois Je vous salue, Gloire au Père Sainte Germaine, qui priait sans vous lasser, priez pour nous. Sainte Germaine de Pibrac, priez pour nous.
Cinquième jour
La confiance en ce Dieu qui nous aime
« Heureux ceux qui oui faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés »
Lecture
Tout est possible à celui qui aime avec confiance. I! court, il vole, accomplit avec joie ce que des sentiments plus tièdes n’auraient jamais osé envisager. L’amour confiant explique ce qu’a été Germaine. Privée de toute satisfaction humaine, son cœur était ouvert à ce feu dévorant que le Fils de Dieu est venu allumer sur la terre. L’amour de Dieu obtient de grandes choses lorsqu’il ne trouve pas d’obstacle du fait de ce libre-arbitre qu’il a voulu pour chacun, chacun libre donc de ses choix. Pour la pauvre enfant, souffrante et oubliée sur son grabat, que de douleurs dans son corps fatigué ; son choix est vite fait, et quel bonheur dans sa jeune âme ! « Ne me plaignez pas », semble-t-elle nous dire avec son beau sourire : « J’aime. Et Celui qui a toute ma tendresse, Celui qui par amour pour moi est mort dans les tourments, Jésus, soulage mon cœur et change en joie toutes mes amertumes ».
Mais Germaine ne se contente pas d’une dévotion du cœur ! Elle sait que Dieu ne peut se satisfaire d’un amour sans les œuvres. C’est par la pratique exacte des commandements qu’elle va lui prouver son dévouement et sa reconnaissance. Jésus contemplé dans l’adorable Eucharistie lui apprend le prix du silence et de la vie cachée. Jésus doux et humble de cœur soutient sa patience, et Jésus crucifié la conduit à la mort entière d’elle-même. Plus elle s’oublie, renonce et s’immole, plus son Dieu l’appelle, la console, se fait son soutien, son remède, sa joie, sa douce récompense. Nous aussi, ayons confiance en Dieu, en son amour, jetons aux orties notre amour-propre, nos recherches vaines. Donnons tout à Jésus, et Jésus se donnera à nous dans toute son humanité.
Sainte Germaine et le Père Marie-Antoine
Le Père Marie-Antoine, en cette année 1865, vient prêcher à l’église Saint-Aubin du dimanche de la Passion au dimanche des Rameaux, chaque jour à 7 heures 30 du soir, après les Complies et de ces cantiques si entraînants qu'il emporte avec lui dans ses missions. On lui signale une grande malade bien connue dans la paroisse, clouée au lit depuis plus d’un an dans une obscurité totale, car elle ne supporte plus la lumière et refuse toute nourriture. Ses souffrances sont atroces. On a bien fait une neuvaine à sainte Germaine dont on attend la canonisation, mais on vient de lui porter les derniers sacrements, la fin est proche.
Le Père Marie-Antoine vient visiter la malade comme il a coutume de le faire quand il prêche dans une paroisse. Il encourage fortement son entourage à entamer une seconde neuvaine, et à ne surtout pas perdre confiance, Germaine ne pouvant être insensible à ses prières et à ses souffrances.
"Tandis qu'on continue de la prier, ce qui va suivre surpasse toute attente. Le jeudi 6 avril, sur le soir, la malade tombe soudain dans un profond sommeil que l'on prend pour le sommeil avant-coureur de la mort. Au bout d'une heure, elle se réveille et dit à ses enfants qu'elle vient d'être guérie par l'intercession de la Bienheureuse Germaine, qu'elle se lèvera et prendra son repas le lendemain. Ce qui s'est passé à la lettre. Trois jours après, dimanche des Rameaux, la nouvelle convalescente fait elle-même, aux personnes qui viennent la féliciter, les honneurs de sa maison.
"Et le lundi de Pâques, au moment où l'on va bénir la chapelle en l'honneur de sainte Germaine, plusieurs paroissiens qui se pressent à l'intérieur de l'église Saint-Aubin, peuvent s'étonner de voir une femme vêtue de noir et suivie de ses deux filles, traverser rayonnante la foule et aller occuper dans la chapelle même un siège préparé pour elle. Qui donc est cette privilégiée ? C’est la grande malade de la rue Caraman qui vient remercier Dieu de la grâce qu'il lui a accordée par l'intercession de la Bienheureuse Germaine." Ceci est attesté par une belle et grande plaque sur le pilier central qui borde la chapelle de sainte Germaine.
À propos de cette confiance en Dieu, vitale pour vivre en paix, voici ce qu’écrit le Père Marie-Antoine dans le « Notre Père » : « Quoi de plus paternel que ces paroles que nous fait entendre le Sauveur pour souteenir notre confiance : « Quel est l'homme parmi vous à qui son fils demanderait du pain et qui lui tendrait une pierre ? Et si c'est du poisson que son fils lui demande, lui donnera-t-il un serpent ? Ou si le fils a besoin d'un œuf, le père lui offrira-t-il un scorpion ? Si donc, vous, dont le cœur n'est pas bon, vous savez cependant donner à vos enfants ce qui est bon, combien plus sûrement votre Père des Cieux donnera-t-il à ceux qui lui demandent », Mt 7, 9-11.
À chaque page de l'Évangile, Jésus fait ressortir ce caractère de père à notre égard. On peut dire que c'est là son enseignement fondamental. Lorsque nous avons fait de notre mieux, pourquoi ne pas garder notre âme en paix ? Si vraiment nous croyons à la puissance et à la bonté de notre Père des Cieux, n'est-ce pas une obligation pour nous de vivre de confiance, de sérénité, de filial abandon entre les mains de la Providence ? »
vous avez gardé une confiance totale en Dieu.
Aidez-moi à espérer quand tout paraît fermé. Notre Père, trois Je vous salue, Gloire au Père Sainte Germaine, modèle de confiance, priez pour nous. Sainte Germaine de Pibrac, priez pour nous.
Sixième jour
La charité
« Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.»
Lecture
Germaine était pauvre, nous l’avons déjà vu, et, par conséquent, privée de donner avec largesse. Et pourtant, la charité est l’une de ses vertus principales, tant il est vrai que ce n’est pas la valeur du présent qui constitue la grandeur d’un bienfait, mais bien plutôt la générosité avec laquelle on donne. Qu’importe à Dieu ce qu’on lui sacrifie, si le cœur est prêt à tout lui donner. Germaine atteignit la perfection de la charité.
Assise au milieu des champs, elle instruit les petits bergers. N’ayant que du pain noir, elle sait souvent s’en priver pour eux. Nous connaissons le gracieux prodige par lequel Dieu s’est plu à faire connaître au monde le mérite de ses aumônes. Le pain se changea en fleurs sous les yeux de sa marâtre furieuse.
L’amour du prochain est une loi du Dieu de charité. Cet amour règle les sentiments du cœur de Germaine. Aimer, c’est se donner, se dévouer et surtout pardonner, car l'injustice des hommes excite la justice de Dieu, et surtout sa miséricorde. Fidèle à son Dieu, Germaine a su en tout garder la charité. Ne jugeant pas les autres, elle parvient à les excuser, et, n’écoutant que Dieu qui commande d’aimer, elle obéit et sait aimer. C’est ainsi qu’un être, modelé par la grâce divine, peut se dépasser jusqu’à l’héroïsme. Soutenue par l’Esprit-Saint, elle aime le prochain, et rien ne l’arrête, ni l’ingratitude, ni l’amour-propre.
Sainte Germaine et le Père Marie-Antoine
Avant même la canonisation de sainte Germaine, les derniers mois le P. Marie-Antoine se chargeait de préparer les cœurs en toutes occasions. Ainsi, en mission dans la paroisse Saint-Hilaire à Poitiers. Une mission qui, selon son goût, piétine. L’église est éloignée, il fait froid, il n’y a foule ni pour écouter les sermons, ni devant le confessionnal, ce qui ne convient pas du tout au capucin de Toulouse. Il ne voit à l’église que les habitués, alors que, dans les faubourgs, vit une population misérable et comme abandonnée, elle aurait bien besoin de se souvenir que Dieu les aime.
En face de lui, la colline de la Tranchée. S’y trouve, il leur a déjà rendu visite, en plein faubourg, les Petites Sœurs des Pauvres. C’est là qu’il faut aller. Il persuade le curé que c’est la chapelle des Petites Sœurs des Pauvres qui doit devenir son quartier général, et se met aussitôt à l’œuvre. Le soir, la chapelle est bondée, les cantiques se répètent au-dehors. Bientôt, on ne parle plus en ville que du P. Marie-Antoine. Après le déjeuner, entre 1 h. et 2 h., catéchisme pour les enfants, une occasion de lier connaissance avec les parents. Il a pour chacun un mot gentil et une façon bien à lui de les inviter à revenir le soir aux exercices de la mission.
« Pour clôturer la mission, jamais, écrit le P. Marie-Antoine à sa famille, plus belle fête, jamais rien de plus sublime dans sa simplicité. Notre évêque, Mgr Pie, était là, au milieu de ce peuple insatiable et recueilli. Les cantiques, repris par toute l’assemblée, faisaient retentir les voûtes. Les lumières, les fleurs inondaient le parvis, et au milieu de ces lumières et de ces fleurs, est apparue, comme une vision du ciel, la petite bergère de Pibrac, l’humble et douce Germaine, dont la statue souriait à tous les yeux, répandant dans les âmes le plus suave bonheur. Quelle fête ! Il n’y a que le ciel qui donne de semblables joies, et il n’y a que notre religion sainte qui les procure.
Ses enseignements, le Père Marie-Antoine sait leur donner parfois un tour très pratique. Écoutons-le :
« Établir la charité dans nos cœurs, voilà la passion d’un Dieu. Le cœur de Jésus n’en a pas d’autre et en est consumé. Il nous demande d’aimer Dieu comme étant le souverain bien et l’aimer pour lui-même. Et aimer le prochain non pour lui-même, mais à cause de Dieu, dont il est l’enfant et l’image. Cela signifie :
1. Qu’il ne faut pas séparer l’amour du prochain de l’amour de Dieu.
2. Qu’il faut aimer le prochain comme soi-même, puisqu’il est enfant de Dieu au même titre que nous.
3. La première charité commence par soi-même. Pour ce qui regarde l’âme, l’obligation est absolue, et notre salut doit passer avant tout. Pour le corps, c’est différent, il est permis de le sacrifier pour les autres.
4. Donner une partie de son superflu, tout son superflu, plus que son superflu selon que le prochain est dans une nécessité commune, grave ou extrême.
5. Ceux qui nous sont unis par des liens de parenté ou des liens spirituels, doivent être les premiers dans nos affections et nos services.
6. Il faut pardonner à nos ennemis, et au besoin ne pas refuser d’en donner la preuve extérieure. Ce pardon est l’acte divin par excellence. On ne peut rien faire de plus beau ni de plus méritoire.
Quant aux obstacles à la charité, nous pouvons les résumer dans un seul : le faux amour de soi-même par la recherche du plaisir. Il est le bourreau de la charité. »
Prière Sainte Germaine, vous avez aimé sans mesure,vous avez donné ce que vous aviez, même peu.
Rendez-moi plus attentif aux pauvres et aux petits. Notre Père, trois Je vous salue, Gloire au Père Sainte Germaine, modèle de charité, priez pour nous. Sainte Germaine de Pibrac, priez pour nous.
Septième jour
Vivre en paix avec soi-même
« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés enfants de Dieu ».
Lecture
« J’ai été abandonnée de tous dans ma jeunesse, et nul n’a pris souci de moi », c’est ce qu’aurait pu dire en toute vérité sainte Germaine. Rejetée loin du foyer domestique, elle a dû passer sa vie à l’écart. Sacrifiée, par la faiblesse de son père, à la cruauté de sa belle- mère, elle a dû apprendre, puis aimer la solitude, la paix qu’on trouve dans la solitude. Mais une solitude avec Dieu n’est plus le désert. Les anges la gardent, et Germaine est éclairée, illuminée par cette voix intérieure qui, dans le silence, révèle Dieu. La magnificence du ciel, l’ombre mystérieuse de la nuit, le parfum et l’éclat des fleurs, la beauté des prés et des bois, est le livre ouvert dans lequel elle apprend à connaitre et à aimer son créateur. Ainsi, la tradition nous la montre agenouillée au pied d’une rustique croix qu’elle orne de guirlandes de fleurs cueillies dans la prairie, ou bien filant auprès de son troupeau, qu’une invisible main protège même en son absence et préserve de tout danger.
Si Germaine aime cette vie, c’est que cette vie parle à son cœur d’enfant qu’elle n’a jamais été, ou plutôt que, dans la paix intérieure de Dieu, elle a toujours été. Qu'il est éloquent, ce langage que seuls les cœurs solitaires entendent et retiennent ! Qu’elle est riante et peuplée, cette perspective qui s’ouvre à son émerveillement, loin de tout rapport humain ! Et elle sait qu’elle soulage ainsi de sa présence, sa famille pour laquelle elle n’est que source de discorde et de malveillance. Se soustrayant par ailleurs volontiers aux entretiens frivoles au hasard des rencontres, elle brûle de plus en plus de cet amour tout divin qui la rend si joyeuse. Nous ignorons les intimes communications dont le Seigneur s’est plu à favoriser sa servante fidèle, mais au vu de certains signes, comme celui des eaux du ruisseau se séparant pour lui livrer passage, nous pouvons sans hésiter imaginer l’ange de Dieu la couvrant de ses ailes et l’accompagnant jusqu’au pied des autels. « Paix, paix à mes brebis », promet Jésus.
Sainte Germaine et le Père Marie-Antoine
Dans les années 1850, le faubourg Bonnefoy se sentait délaissé par l’Église, les lieux de culte étaient trop éloignés. On décide donc d’y créer une nouvelle paroisse autour d’une future église à construire. Ce sera l’église de l’Immaculée-Conception, en 1858 la première église au monde à porter cette dédicace. Ami du jeune curé Ravary à la tâche, le Père Marie-Antoine y fera de nombreuses missions, pendant sa construction et après. Et dans ces missions, toujours, la petite mission aux enfants. Aussi c’est tout naturellement à lui qu’on fera appel pour bénir la nouvelle école de garçons à proximité, qui portera le nom de saint Louis d’Anjou, le jeune évêque de Toulouse franciscain, un demi-siècle plus tôt.
"L’école était, pour l’époque et le quartier, une vraie merveille d’élégance et de confort, dominant les environs. Dans toute la ville, il n’y avait d’école plus belle et mieux adaptée. Les passants étrangers et même les voyageurs depuis la gare, en voyant cet édifice dépasser de beaucoup les maisons voisines, avec son toit d’ardoises et son élégant clocher de 30 m. de hauteur, surmonté de la statue de sainte Germaine, pensaient que c’était là une église. »
Eh oui, c’est bien la statue de sainte Germaine, dont la canonisation a soulevé un an plus tôt toute la ville, dans une ferveur et un enthousiasme inénarrable, qu’on érige sur le clocher de l’école Saint-Louis, à l’occasion d’un triduum solennel de prédications et de prières, et une fête populaire incroyable. Elle sera portée dans les rues du faubourg et acclamée par tout le peuple. L’occasion pour le P. Marie-Antoine de chanter une nouvelle fois la gloire de la bergère de Pibrac.
Fait assez rare, voire insolite, un millier d’hommes communient parmi lesquels on peut dénombrer plus de deux cents cheminots – la gare n’est pas loin - et pas mal de jardiniers et de maraîchers, à l’image de ce quartier qui se transforme rapidement depuis l’arrivée du chemin de fer en gare Matabiau.
Le Père Marie-Antoine sait parler aux enfants, et il leur parle beaucoup de sainte Germaine. Les vertus, l’humilité, la simplicité de la petite bergère de Pibrac qu’il vénère avec la tendresse d’un grand frère, sont pour lui un thème inépuisable de sermons, d’allocutions, d’avis pratiques. Quand il leur en raconte l’histoire, son esprit ingénieux et fécond trouve en David un berger à la bergère. Tous deux ont eu leur Goliath, et celui de Germaine c’est l’impiété moderne. En gardant son troupeau, l’enfant a ramassé dans le fond du ruisseau cinq petits cailloux, les cinq belles vertus que sont la simplicité, l’humilité, la pauvreté, l’abnégation et la charité. Elle les a jeté au front de ce géant plus arrogant que Goliath, et l’a couché dans la boue. Car ma puissance, dit le Seigneur Dieu, se déploie dans la faiblesse, la faiblesse des petits enfants.
Prière
et pourtant votre cœur n’a pas cessé d’aimer.
Je vous confie ma famille, je vous confie ceux qui me sont chers. Notre Père, trois Je vous salue, Gloire au Père Sainte Germaine, protectrice des familles, priez pour nous. Sainte Germaine de Pibrac, priez pour nous.
Huitième jour
La souffrance offerte
« Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde »
Lecture
« Les oiseaux du ciel ont leur nid, les renards ont leur tanière et le Fils de l'homme n’eut pas où reposer sa tête ». Ainsi en est-il de Germaine. Privée des soins maternels à peine sortie du berceau, elle grandit sans recevoir une caresse, sans qu’un sourire éveille le sien. Son enfance s’écoule pleine de tristesses, sevrée de toute affection. Elle souffre, dans son corps, d’une infirmité continuelle, elle inspire le dégoût plutôt que la pitié. Repoussée de la table familiale, elle a pour se nourrir un pain noir et grossier ; ses vêtements sont pauvres ; sa santé exposée nuit et jour aux rigueurs et aux intempéries des saisons. Jamais rien à elle. Et cependant elle accepte sans murmure les privations qui lui sont imposées.
Celui qui possède Dieu a tout. Germaine en fait l’expérience, et son cœur demeure épanoui et comblé dans la pauvreté, dans la souffrance. En voyant ses frères, aimés de tous, couchés dans de bons lits, bien vêtus, couverts de caresses, elle vit son dénuement sans regret, sans indignation ni répugnance. Soumise et prévenante, elle les sert, elle les aime. Et quand elle s’éloigne avec son troupeau, buvant comme lui à la fontaine, elle bénit Dieu qui nourrit les petits oiseaux, donne â la fleur des champs son parfum et sa parure, au petit agneau une mère, et à la pauvresse souffreteuse qu’elle est, les richesses de son amour.
Lorsque Dieu prend possession d’un cœur, il l’éclaire de lumières nouvelles et transfigure ses désirs. Le monde devient vanité, et l’on apprend à puiser dans le trésor peu connu du renoncement et des privations. Comme l’Apôtre, on peut s’écrier : « J’ai regardé les richesses et les honneurs ainsi qu’un vil rebut, pour conquérir la pauvreté et les souffrances de Jésus ».
Sainte Germaine et le Père Marie-Antoine
Le dimanche 24 octobre 1897, sur le parvis de l’église de Cornebarrieu, une foule de fidèles se presse. C’est le soir, la nuit est tombée, une procession aux flambeaux s’organise. Quel spectacle, et quelle organisation ! Quelle cérémonie inédite née de l’imagination du Père ! La procession se dirige vers une vaste prairie dans le domaine de M. de Malefette. Et là, on s’arrête devant un magnifique chêne orné de guirlandes. C’est le plus bel arbre, offert par le propriétaire. Allocution, bénédiction, et le Père donne le premier coup de hache.
L’arbre est abattu pour devenir une grande croix de 6 mètres 50 et pesant près de 400 kilos.
Quant aux branches restantes, les enfants se les disputent pour ramener un souvenir à la maison et les adultes ne sont pas en reste.
L’abbé Lansac, curé de Cornebarrieu, qui est un grand ami du capucin, va s’occuper de la suite des opérations : faire porter cette croix en pèlerinage à Jérusalem.
A bord du Notre-Dame du Salut, en partance de Marseille, un petit groupe de toulousains accompagnent la croix pour ce long périple, dans ce pèlerinage que les Pères Assomptionnistes ont mis en place depuis quelques années. Le Père Marie-Antoine avait pris toute sa part au premier pèlerinage en Terre Sainte, en 1882, qui comptait 1013 participants, dont 450 prêtres, beaucoup tirés de leur exil, des âmes pieuses s’étant acquittés de leurs frais. Le Missionnaire était en effet lié d’amitié, parle Sanctuaire de Lourdes, avec le Père Bailly, directeur des pèlerinages, fondateur du Pèlerin et de la Croix.
A Jérusalem, la croix est déposée pendant quinze jours au Saint-Sépulcre, comme une veillée d’armes. A son retour, pour avoir séjourné dans les lieux témoins de la passion du Christ, elle va revêtir le caractère d’une vraie relique.
Extrait de l’Hymne à la croix, du Père Marie-Antoine
« Ô Croix, que tu es belle ! Je te salue, toute embaumée du parfum du Calvaire, toute imprégnée du sang du Christ, et toute imprégnée de nos baisers, de notre sueur et de nos larmes d’amour.
Croix immortelle, te voilà, toujours victorieuse au milieu des tempêtes. Tu survis à tous les évènements, à toutes les révolutions, à tous les écroulements d’empire. L’orage a beau entrouvrir des abîmes, tu es toujours debout.
Espérance ! Résurrection ! Les apôtres le dirent au monde, en partant du Calvaire. Ils s’en allaient deux à deux et, prenant avec eux la Croix, ils portaient au vieux monde le salut et la résurrection.
Nous voici, Seigneur, avec l’arme de la prière, avec l’arme de la pénitence, et avec l’arme de la Croix. Qui nous arrêtera ? On peut affadir les âmes avec le plaisir, mais quand elles font pénitence, qui peut les dompter ? Qui brisera la croix ? »
et vous avez offert vos douleurs au Seigneur.
Apprenez-moi à porter sa Croix, en portant les miennes. Notre Père, trois Je vous salue, Gloire au Père Sainte Germaine, consolatrice des affligés, priez pour nous. Sainte Germaine de Pibrac, priez pour nous.
Neuvième jour
Chemins de sainteté
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume du ciel est à eux »
Lecture
Les plus indignes traitements, la rigueur du froid, les privations de la pauvreté, les douleurs d’une infirmité continuelle, Germaine a donné à son Dieu tout ce qu’elle avait et ce qu'il pouvait lui demander. Nous aussi, en vivant simplement, en remplissant nos devoirs de chaque jour, nous pouvons avancer sur nos propres chemins de sainteté, si nous avons le regard rivé sur Dieu, qui est notre père et qui nous aime.
Sans que rien ne distingue Germaine en apparence, son âme a acquis, jour après jour, une sublime perfection. Aussi, Dieu a voulu porter la glorification de ses humbles vertus aux regards de tous. Non content de lui ouvrir le ciel, le Seigneur s’est fait, en quelque sorte, le justicier de ses mérites sur la terre. La nature n’avait rien fait pour elle, et voilà qu’elle suspend ses lois pour entourer les restes vénérés de Germaine, d’innombrables prodiges. Son corps, qui a souffert sans le moindre soulagement les plus cruelles infirmités, son corps guérit nos maladies, souvent désespérées. Sans abri, sans amour, sans foyer paternel, elle voit ses reliques honorées, recueillies avec empressement par plusieurs sanctuaires. Repoussée, méprisée, abandonnée des siens, la voilà désormais élevée sur nos autels, exaltée par l’Église, entourée de nombreux pèlerins accourus de toutes parts. Ils prient à ses pieds, ils sollicitent humblement sa puissante médiation. Oui, vous êtes admirable dans vos saints, ô mon Dieu ! Et vous l’êtes plus encore par l’infinie miséricorde dont vous les entourez.
Cœurs fidèles, vous aussi vous voulez mériter le ciel et trouver, à l'exemple de Germaine, votre chemin de sainteté. Prenez le sien, tout fait d’humilité, il est sûr, tout simple. Marchez-y avec constance. Appliquez- vous à vos devoirs, acceptez votre part d’épreuves, et surtout, offrez tout à Dieu, à l’amour de Dieu. Il soutiendra vos combats, il sera votre compagnon de route, et la cause de votre joie.
Sainte Germaine et le Père Marie-Antoine
La croix, encore toute embaumée des parfums de Jérusalem, est érigée solennellement pour le 15 juin fête de sainte Germaine, sur la place de Pibrac, près de l’église. La foule des pèlerins est immense, accourus à Cornebarrieu que six kilomètres séparent de Pibrac, venus de toute la région. Le P. Marie-Antoine est là pour achever l’œuvre des paroissiens. Une procession parcourt les rues du village, tandis que la châsse de sainte Germaine se porte à la rencontre de la croix, sur les épaules de prêtres et de laïques.
La croix à peine dressée sous d’immenses acclamations, le P. Marie-Antoine apparaît. « Il porte sur ses épaules courbées, relate la Semaine Catholique, le poids d’un demi-siècle de labeur, et les ans ont creusé sur son visage des rides profondes qui le montrent plus énergique encore, plus vénérable, mais toujours sympathique et bien attachant. Il se redresse et parle fièrement, avec cette éloquence dont il a le secret, des mots compris de tous, où chaque homme, chaque femme se retrouve tout en vibrant vers quelque chose de beau, de grand, de puissant, quelque chose qui doit s’appeler Dieu. » Le Père conte l’histoire de la Croix, de Cornebarrieu à Pibrac, en passant par le Calvaire et le Saint-Sépulcre. Il conte la glorification de Germaine à Rome et dans le monde. Les mots se pressent sur ses lèvres inspirées. Comment séparer ce que Dieu a si bien uni : la Croix et Germaine ! Cette croix à Pibrac, c’est la croix de Germaine, la croix qu’elle porta dans son cœur et dans son corps chétif. Croix de la maladie, croix de la patience, croix de la modestie et de la pénitence, croix qui est aujourd’hui sa gloire. » Et la foule d’acclamer encore et encore la Croix de Jérusalem et, par une vague de vivats, sainte Germaine.
D’enthousiasme, l’évêque annonce ce jour-là officiellement une nouvelle église pour Pibrac, une église digne de sainte Germaine : « Là, près de cette croix, nous élèverons un temple digne de sa gloire et de votre piété pour elle ! » La première pierre sera bénie en 1901, trois ans plus tard.
« Admirer les saints ne suffit pas, écrit le Père Marie-Antoine en citant saint Augustin, il faut les imiter. Les imiter, c’est le plus grand honneur qu’on puisse leur rendre et la plus grande preuve d’amour qu’on puisse leur donner. » Dieu semble dire à chacun de nous : regarde, écoute et imite.
C’est que Dieu veut que tous les hommes sans exception soient sauvés. Donc, il donne à tous les grâces et les lumières nécessaires. Ce n'est pas assez. Dans son ineffable bonté, il nous poursuit sans cesse, et n’abandonne jamais son enfant, ne se retirant que lorsque celui-ci refuse obstinément son amour. « Je suis venu porter ce feu sur la terre, et mon cœur n’a pas d’autre passion que de le voir brûler ». Le bois qui alimente ce feu, c’est le bois de la croix, c’est le sacrifice. Pour sauver une seule âme, il faut s’attendre à beaucoup souffrir, mais ensuite quelle joie dans le ciel ! »
Qui d’entre nous n’a pas sa croix ? Croix de bois, croix de fer, immenses croix familières, comme chantait le poète. Laissons le Seigneur y mettre le feu, le feu de la purification, il deviendra feu de joie.
Prière Sainte Germaine, après une vie toute simple, Dieu vous a élevée. Apprenez-moi l’abandon confiant en sa volonté. Montrez-moi le chemin, veillez sur moi et sur tous ceux qui mettent leur confiance en vous. Notre Père, trois Je vous salue, Gloire au Père Sainte Germaine, modèle d’abandon, priez pour nous. Sainte Germaine de Pibrac, priez pour nous