Le Vénérable Père Marie-Antoine de Lavaur, capucin, appelé Le Saint de Toulouse (1825-1907)
  
 
 
 
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La Vierge du grand clocher: 1. Viviers-les-Montagnes


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LA VIERGE

DU GRAND CLOCHER
 

1.

Viviers-les-Montagnes

  

                                                           Semaine Catholique d'Albi du 3 décembre 1864

Une retraite vient d'être prêchée dans la paroisse de Viviers-les-Montagnes comme préparation à la fête de l'adoration perpétuelle. Les nouvelles en sont des plus consolantes. La parole du P. Marie-Antoine a été avidement écoutée par une foule nombreuse, et les fruits ont été des plus abondants. C'est dans ces occasions qu'on peut voir combien est forte et active la foi au sein de nos populations. Il suffit qu'elle soit un peu excitée pour qu'elle se manifeste avec la plus grande ardeur, et voilà pourquoi les retraites et les missions laissent après elles des traces si profondes et si pleines d'espérance pour l'avenir.




                                                           Semaine Catholique d'Albi du 17 décembre 1864

La retraite qui vient de se terminer et dont je vous remercie d'avoir signalé les résultats consolants laissera un long et précieux souvenir au sein de notre population. Le P. Marie-Antoine, capucin, avait dès le premier jour conquis son auditoire. L'église était comble dès cinq heures et demi du matin, et pendant le second exercice qui commençait à six heures du soir. Des chants exécutés avec beaucoup d'ensemble contribuaient à exciter la piété des fidèles et à augmenter la solennité des exercices. Les confessionnaux, occupés par quatre prêtres, étaient constamment assiégés.

Le jour de la clôture, l'église a présenté à 6 h. du matin, à la réunion des femmes et à 8 h. à celle des hommes, le plus beau spectacle. Viviers n'avait rien à envier aux populations les plus ferventes. Le soir, la fête fut splendide. Personne ne voulut y rester étranger, et les hommes se mettant sous la protection de la Sainte Vierge reçurent tous le scapulaire. La même cérémonie fut faite le lendemain pour les femmes à la suite de la messe d'action de grâces.

Un paysan résumait ainsi dans la naïveté de son langage et la satisfaction de son coeur, la joie qu'il emportait de cette retraite: "Si Notre Seigneur Jésus Christ venait nous parler, il nous parlerait comme le P. Marie-Antoine."

                                Semaine Catholique d'Albi du 30 avril 1868

Dimanche dernier, la paroisse de Viviers était dans l'allégresse. Elle clôturait une retraite donnée à une trentaine d'enfants qui faisaient leur première communion. La fin du temps pascal avait été choisie afin que la préparation des enfants fut profitable aux pères et aux mères.

Le R.P. Marie-Antoine avait attiré, chaque soir, un grand concours de fidèles, malgré les travaux de la campagne qui dans ce moment sont nombreux et pressants. Aussi, le succès de cette retraite ayant presque atteint les proportions d'une mission, le mercredi 22 avril, M. le curé conçut l'heureuse pensée de terminer les exercices par l'érection d'une belle vierge.

Le dimanche 26, à 6h. du matin, une statue colossale arrivait à Viviers à la porte de l'église. M. le curé qui avait donné l'ordre de la laisser à Soual, où on devait aller la prendre en procession, la fit ramener à Soual où quelques paroisses voisines avaient rendez-vous.

A midi et demi la paroisse de Viviers, en masse, et avec elle un nombre considérable de personnes des environs, se mirent en marche. Les jeunes filles vêtues de blanc avec des oriflammes, les bannières et les croix, marchaient en tête, puis suivaient les femmes. Les hommes étaient massés chantant des cantiques avec ensemble et entrain. La joie rayonnait sur tous les visages. Aussi, une course de 5 kilomètres parut courte à tout le monde.

La vierge fut placée dans un char décoré avec beaucoup de goût, et, à 3h., le cortège partit de Soual après quelques prières récitées à genoux devant l'église et le chant de l'Ave maris stella.

M. le curé de Soual en chape accompagna la Vierge jusqu'à la sortie du village.

Au moment du départ, le temps était menaçant. Mais sur l'annonce du P. Marie-Antoine qu'il ne pleuvrait pas, on s'était mis en marche. Il avait demandé des prières, et Celle qu'on n'invoque jamais en vain avait dissipé les nuages et les craintes.

La vierge est très pesante (1700 kg.), la distance longue. Par prudence on avait réuni quelques bêtes de trait pour aider à la traîner. Nous ferons seuls, avaient dit les hommes, nous la porterions s'il le fallait. Et, en effet, les cinq kilomètres ont paru encore plus courts que tout à l'heure, tant était grand l'enthousiasme. Pendant tout le trajet, des cantiques ont été chantés, l'ordre a été parfait, le coup d'œil ravissant. La pente rapide du village fut gravie sans peine. La vierge était donc arrivée à nouveau à côté de l'église où elle devait attendre, sur un piédestal provisoire, d'être placée sur un point plus en vue.

Heureux curé! voyez comme il est content. Ses vœux son accomplis. La fatigue des jours précédents a disparu, l'expression du bonheur peinte sur son visage l'a rajeuni, et lui a fait retrouver toute sa vigueur.

Lorsque les préparatifs de l'érection ont été terminés, le P. Marie-Antoine, montant sur l'estrade, invita M. le curé à bénir la statue, puis il remercia ce digne pasteur qui, après 32 ans d'un ministère laborieux dans sa paroisse, avait voulu, dans le cas où la providence le séparerait de son troupeau, lui donner une mère qui le garderait. "Ne craignez plus maintenant, la mère que vous venez de donner à vos enfants ne les abandonnera jamais".

Il a remercié ensuite le curé de Saint-Jacques de Castres qui avait voulu partager la joie de ses anciens paroissiens, en venant au milieu d'eux participer au triomphe de leur Mère. Il a remercié aussi les curés du voisinage qui avaient amené leur paroisse en procession, le clergé, les étrangers et les paroissiens de Viviers, du beau spectacle et du bel exemple qu'ils ont donnés à la contrée. "Comment avez-vous pu faire, bons habitants, vous qui êtes en général de condition modeste, pour avoir, et en si peu de temps, une si belle vierge, conforme à celle qui s'élève sur la place d'Espagne à Rome? Vous êtes au-dessus de Rome même, car la Vierge de Rome n'est pas aussi grande que la vôtre, vous devez être justement fiers de cet avantage".

Se tournant ensuite du côté de la statue: "Voyez qu'elle est belle, votre Mère! Comme le soleil, qui s'était caché toute la journée et qui avait tempéré sa chaleur en s'entourant de nuages, se montre maintenant pour saluer sa reine et lui rendre ses hommages! Comme elle est bonne! elle a ses mains placées, l'une pour prendre vos cœurs et vos prières, et l'autre pour les présenter à son divin fils!

Qu'il était beau lui-même, cet infatigable enfant de saint François lorsqu'il fait admirer la vierge, comme son visage s'épanouissait et paraissait partager la gloire de sa Mère!

Il a ensuite donné à toute l'assistance l'indulgence plénière, béni les chapelets et médailles et invité les assistants à se rendre à l'église pour la bénédiction du très Saint-Sacrement.

M. le curé a voulu alors remercier le bon Père, et il l'a fait avec des accents qui venaient du cœur et d'une voix émue... (cliquer pour lire le texte)

 

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                                                                  Un autre récit, "du cru", dans "Nostre Vilatge", 2002

... Nous ne pouvons séparer l'histoire de notre "Sainte Vierge au clocher" de celle du Père Marie-Antoine à qui nous devons sa présence... Le Tarn dispute l'apôtre à son diocèse d'adoption et, à la fin 1868, il prêche à Viviers et y remporte ses ordinaires triomphes. La mission devait se clôturer par l'inauguration d'une statue en fonte de la Sainte Vierge de quatre mètres de haut, qui arrive à la gare de Soual par la ligne nouvellement ouverte, reliant Castelnaudary à Castres. Malheureusement, au matin de la clôture, une pluie fine qui commençait à tomber refroidit l'enthousiasme, et M. le curé Jammes, de concert avec son châtelain, crut bien faire en envoyant un chariot attelé de deux paires de bœufs à la gare. De sorte qu'à la grand messe, la statue était déjà à l'église. La surprise fut loin d'être agréable au zélé missionnaire:

-"Eh! Quoi! s'écrie-t-il de haut de la chaire, on a introduit ici la Sainte Vierge à l'improviste, sans honneur! Qu'on la remporte! Il faut une procession solennelle."

-"Mais, mon Père", objecte timidement le curé, "la pluie menace, la procession est impossible..."

-"De la pluie! Il n'en tombera pas une goutte, et la procession est dans le programme."


Il fallut céder. la procession s'organisa et se rendit à pied, à la station de Soual. Croix en tête et bannières déployées. Le char y arrivant à peine, les bœufs furent dételés et la foule les remplaça. Hommes, femmes, jeunes gens et jeunes filles se succédèrent tour à tour, traînant le char richement enguirlandé. On arriva ainsi au pied du village. La montée, étant donné le poids de la statue, paraissait devoir être rude. Les jeunes gens qui, depuis la gare tiraient le char, parlaient d'amener les bœufs.

-"Des bœufs!" s'écria le Père, "laissons-les à l'étable. Qu'on allonge les cordes, que d'autres bras viennent tirer!" En quelques instants, sans aucune difficulté, la statue était sur la place de l'église.

Les jeunes gens s'avouèrent alors entre eux qu'ils n'éprouvaient aucune fatigue. Tous prétendaient n'avoir en rien senti le poids et même n'avoir point tiré sur les cordes...

... La statue restera onze ans sur la place, adossée au mur de l'église. C'est l'abbé Pauthe, curé de Viviers, qui ayant fait refaire le clocher (grosse tour crénelée de 25 mètres de haut qui remplaça le clocher à toiture à quatre pentes) y fit poser au sommet la colossale statue.

Martine Casamian
 
                                                                                                                                                
Cantique écrit par Suzanne Azaïs de Vergeron1
 pour commémorer l'érection de la Vierge en 1868
      A chanter sur l'air: "Nous voulons Dieu".  
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                                                                                                           1° couplet                                                                                                  
Nous venons en foule pieuse
A Viviers pour commémorer,
L'érection si miraculeuse,
De la Vierge du grand clocher.

 
Refrain
Sur son clocher, sereine,
La Vierge resplendit,
L'aube dore son front de Reine
Et son doux regard nous sourit.

2° couplet
Marchant dans sa robe de moine,
A la tête des paroissiens,
Le bon Père Marie-Antoine
Obtint le miracle divin.

 3° couplet
La statue était trop pesante,
Les attelages épuisés,
Comment gravir la forte pente,
Au sommet comment arriver?

   4° couplet
Dételez ces bœufs inutiles
ordonne le père inspiré,
jeunes gens, rendez-vous utiles,
tous au char, poussez et priez.

     5° couplet
Prodige au chrétien, seul croyable,
on monta la côte en courant,
la Vierge, Mère incomparable,
fut légère pour ses enfants.

       6° couplet
C'est ce touchant anniversaire,
qu'en ce jour nous commémorons,
venus de Navès, Labruguière,
Verdalle et tous les environs.

   7° couplet
Ce passé de foi, de confiance,
qu'il revive encore aujourd'hui,
profitons de la circonstance
pour espérer, tous réunis.

    8° couplet
Dans notre ciel gronde l'orage,
c'est le deuil, l'horizon est noir,
Mère à travers l'épais nuage,
Jetez-nous un rayon d'espoir.

   9° couplet
Vers vous, Mère de l'Espérance,
les pieux enfants se tourneront,
vous sauverez encore la France,
les vrais français vous béniront.
1. Suzanne Azaïs de Verger appartenait à une famille implantée à Viviers depuis plusieurs générations, jouissant d'une notoriété certaine de par son implication dans la vie de la commune et de la paroisse.
Elle avait 4 frères et sœurs, son père menait de pair à Troupiac un élevage de chevaux de course, le haras de Troupiac et son cabinet d'assureur à Castres.
Sa mère quelques décennies plus tôt avait été l'auteur des paroles du cantique dédié à Saint-Roch, protecteur de la paroisse et toujours en honneur le 16 août pour les festivités et la grand'messe en l'honneur du saint.
Le P. Marie-Antoine bien présents aujourd'hui dans les cœurs
et l'église de Viviers-lès-Montagnes


 
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    Le Buste du P. Marie-Antoine à gauche, près de la chapelle de la Vierge, est l'œuvre du sculpteur Paul Pascuito (2008).









    La statuette représentant le P. Marie-Antoine, près de la chapelle de la Vierge en gloire, a été sculptée par un artisite burkinabé au cours de l'été 2012, à l'occasion d'un  séjour à caractère humanitaire au Burkina Faso du jeune étudiant Valentin Monatgné.

 
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Date de création : 18/06/2008 22:36
Dernière modification : 29/06/2020 15:36
Catégorie : - Gros plans sur sa vie
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