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   Le Vénérable Père Marie-Antoine de Lavaur, capucin, appelé Le Saint de Toulouse (1825-1907)
  
 
 
 
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Graulhet: Le mystère de la croix de la Capelette


GRAULHET (TARN): LE MYSTÈRE DE LA CROIX DE LA CAPELETTE

Lu dans "Arc-en-Ciel" (1987)

LES CROIX DE LA CAPELETTE



Il est vraisemblable que le nom de la Capelette puisse désigner une petite chapelle, en tous cas un oratoire juché tout en haut du beau cheminement qui convenait à la montée d'un calvaire. Il existait bien à la croisée des vieux chemins qui conduisaient à la Haujoulet et vers Escudié1, une croix en belle pierre de taille, plantée sur un tumulus.

Les iconoclastes qui l’ont fait disparaitre ne sont autres hélas! que les enfants du quartier de la route de Saint-Paul (un quartier chaud à cette époque), il y a plus de 50 ans, lesquels dans leur innocence, ont peut-être obéi à un mobile plus ou moins motivé des adultes d’un temps révolu.

Il faut songer à l'évocation qu'en faisait le poète platrier le "Capiscol de la Capeletto" qu'était Paul Calvignac, dont faisait partie de l'école à titre honoraire, Noël Pélissou, Maire de Graulhet. C'est précisément de lui dont il est question à propos de la deuxième croix, toujours en place au bas de la Capelette, adossée à l'ancien réservoir d'eau de la ville, croix dont j'ignorais pourquoi elle était là.

Dans les débuts de mon exercice professionnel2, alors que j'avais entamé un examen du patrimoine communal, je regardais avec crainte l'état de vétusté de ce crucifix pantelant dont les bras en bois soutenaient à peine ceux de Jésus, au risque d'un accident pouvant survenir aux gamins du quartier dont j'avais été, qui continuaient d'escalader pour l'exploit, les "fortifications" de la Capelette.

Ayant rendu compte à Pelissou de cette constatation, il ne fit aucun obstacle à la restauration de la croix dont il ignorait l’état, tout comme les voisins qui, à force de voir, ne voyaient rien du tout. C'est ainsi que je demandais aux ateliers municipaux de dépendre ce christ et de lui confectionner une nouvelle croix en fer, capable de défier le temps.

Ce fut une belle descente de croix, que j'ai encore en mémoire. Notre Seigneur, en fonte, étendu sur un chariot et conduit vers la forge dirigée par Georges Pujol à l’ancien immeuble Gaulène, au fond du jardin de l'hôpital. La traversée de la ville de ce quartier "un peu rouge", n'était pas sans pittoresque compte tenue du caractère insolite de l’évènement. "Nous promenons "l'Henricou", répondait Pujol aux interrogations de la rue, car chacun sait que les gens de son âge, qui avaient oublié le catéchisme, appelaient Henri, le christ, puisqu'aussi bien pour eux, son nom était écrit en toutes lettres "I.N.R.I.”, tout en haut de la croix.

Et Jésus, durant ce temps que durait la préparation de sa nouvelle potence, était allongé sur le sol de l'atelier, attendant une hypothétique "résurrection". Jusqu’au jour où il fut enfin rependu à la Capelette, hissé avec des cordes, solidement attaché pour expier encore les péchés des hommes.

Votre serviteur eut le "courage" de peindre lui même le Christ revenu sur son socle où, pour mieux le voir depuis le carrefour Saint-Projet3, il avait fait émonder les accacias de la placette qui le cachaient à la vue.

Noël Pélissou était satisfait dans sa conscience de Maire, plus peut être que dans son esprit de libre penseur, d’ailleurs non moins tolérant. Calvignac écrivit alors un beau poème de circonstance pour saluer à sa manière l’évènement.

 
Graulhet_1900.jpgCroix_Graulhet.jpg          
   


      
Où L'ON DÉCOUVRE QUE LA CROIX DE LA CAPELETTE EST LA CROIX DE MISSION DU P. MARIE-ANTOINE (1858)
      
     
                                                                     
Restait sans réponse une question essentielle: Pourquoi et comment cette croix était là ?

Cette restauration se situait en 1958. Or un siècle plus tôt, pure coincidence, il s'était passé quelque chose d'extraordinaire qu'il reste à raconter.

En 1858, s'organise à Graulhet en cette année jubilaire, une mission préchée par celui qu'on ne tarde pas à appeler "le Saint de Toulouse", le Père Marie-Antoine. Il avait commencé ses prédications en 18564, il se trouvait en tous cas à Carcassonne en 1858 et il semble bien que les archives de Notre-Dame du Val d'Amour fassent commencer sa mission de Graulhet à la fin de 18585  puisqu’aussi bien les délibérations de la Fabrique de cette église, en janvier 1859, font état des difficultés de trésorerie provoquées par l'érection de la croix de la Capelette.

Cette mission fut organisée à l’initiative de l’abbé Bories, l'ancien ami et confident d’Eugénie de GUERIN qui, de Cahuzac, près du CAYLA, avait été nommé à Graulhet où il eut la redoutable charge de reconstruire l'église de Notre-Dame du Val d'Amour telle que nous la connaissons.

Pour le Père Marie-Antoine, c'est une tradition que de faire ériger une croix, ou la statue de la Vierge, à la fin de chacune de ses missions. C'est à lui que l'on doit ainsi la croix de Notre-Dame des Vignes.

Le site fut choisi pour que la croix de la Capelette puisse dominer la ville6, ce, non loin du centre. Le produit de la quête, qui rapporta douze cent francs, était de moitié inférieur à son coût et la Fabrique dut avancer la différence.

Voilà pour la croix. Pour ce qui est de la mission, elle mérite sa part du récit. Nous devons au neveu du Père Marie-Antoine, l'abbé Périlié, le compte rendu de cet évènement paru dans une brochure intitulée "Mes souvenirs”7. Il fait parler le Père Marie-Antoine lui-même qui avait dit à son neveu : "Les premières missions que je prêchais furent un triomphe. Les populations, croix, bannière et musique en tête, accouraient au devant du missionnaire, et au départ l'accompagnaient jusqu'aux limites de la paroisse."

En fut-il de même à Graulhet?

Lorsque le P. Marie-Antoine arriva à Lavaur, où l'on conserve de lui une grande mémoire, il ne fut guère encouragé par l'abbé Séjal, vieux graulhétois: "Mon ami, vous n’y ferez rien, les Graulhétois sont des mécréants, ils ont le cuir dur." Un défi, comme un réflexe, germa dans l'esprit du Père Marie-Antoine : "Nous verrons bien ?"

On vit en effet. Une telle ardeur, un tel charisme, une telle foi, un tel courage, firent que les Graulhétois vinrent en foule à Notre-Dame écouter le langage étonnant qui les séduisait.

La fin de la mission fut triomphale aussi, comme partout. Plus de mille ouvriers étaient là le lundi au moment de son départ. "Non, mon père, disaient ils au Père Marie-Antoine, vous ne nous quitterez pas."

On détela les chevaux de la voiture, on l'embrassait, on l'étouffait à ce point qu'il dut se réfugier dans la maison du docteur Amalric, ancienne rue Saint Projet. Lorsqu'il ressortit, le peuple apaisé, ce ne furent que chants d'allégresse et de regrets. Quatre gendarmes qui le protégaient pleuraient à chaudes larmes, gagnés par l'émotion.

La soeur du Père Marie-Antoine, Marie, devait écrire plus tard : "Jamais ce que j'ai vu à Graulhet ne s'effacera de ma mémoire." Elle s’en souvenait encore à Pampelonne lors d'une autre mission de son frère, en écrivant: "Nous avons eu ici la plus belle fête, aussi belle qu'à Graulhet", une référence et un compliment. Il est vrai que la réputation du Père Marie-Antoine courait dans tout le pays.

Le Père Marie-Antoine avait gagné et l'archiprêtre Cazes, qui écrivit à Damiatte "La vie populaire du Père Marie-Antoine”8, pouvait rappeler en parlant de la mission de 1858 : "On ne pouvait rêver début plus audacieux, Graulhet avec ses chapelleries, tanneries, son peuple d'ouvriers gouailleurs, semblait peu disposé à profiter d'une mission."

Miracle de la foi, du verbe, de la grâce ? La croix de la Capelette porte témoignage de ce qui se passa il y a cent trente ans. Cela valait la peine d'en reparler.

1.Croisée des chemins sur l'avenue Saint-Paul devenue avenue de la Résistance
2.L'auteur de l'article, Henry Manavit, né en 1923, était secrétaire général de la mairie de Graulhet au moment des faits. Il est aujourd'hui rédacteur en chef de la revue graulhétoise "Arc-en Ciel".
3.
Henry Manavit a demandé et obtenu que ce carrefour prenne le nom de Saint-Projet, en rappel du quartier de ce nom et d'une chapelle démolie vers 1880 pour y construire une école, l'école Gambetta.
4.Tout frais sorti du noviciat des Capucins de Marseille, le P. Marie-Antoine est aussitôt appelé à prêcher dans les quartiers populaires de Marseille, La Ciotat, Toulon (1856-1857)
5.La mission de Carcassonne se situe en nov.-déc. 1858, elle était dirigée par l'ex-provincial, le P. Laurent d'Aoste. La mission de Graulhet qui la précède en cette année 1858 est la première grande mission dirigée par le P. Marie-Antoine.
6.A ce carrefour, tout au bout de l'avenue Saint-Paul à droite, se trouvait l'ancien bassin d'eau potable abandonné en 1930 avec la nouvelle adduction. C'est sur ce réservoir que le P. Marie-Antoine a fait placer la croix qui, effectivement, dans l'axe de l'avenue et à cette hauteur, dominait la ville.
7."Mes Souvenirs" sont bien du P. Marie-Antoine qui les rédigea vers la fin de sa vie, pressé par son neveu, l'abbé Joseph Périlié qui les fit publier en 1930 (Maison de la Bonne Presse, Paris)
8."La Vie Populaire de P. Marie-Antoine" n'est pas de l'archiprêtre Cazes, mais de l'abbé Joseph Périlié (1907, Editions Privat, Toulouse)





Date de création : 28/07/2008 21:31
Dernière modification : 11/05/2014 10:13
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