En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés.
Mentions légales.
 
 
 
 
   Le Vénérable Père Marie-Antoine de Lavaur, capucin, appelé Le Saint de Toulouse (1825-1907)
  
 
 
 
Vous êtes ici :   Accueil » c. La Mission
    Imprimer la page...

c. La Mission

etude

Père Marie-Antoine de Lavaur Capucin

Extraite de l’interview de Jacqueline Baylé,

parue dans le Bulletin de Littérature Ecclésiastique, 

de l’Institut Catholique de Toulouse

et réalisée par l’abbé Jean-François Galinier-Pallerola (avril-mai-juin 2012)


 

LA MISSION

1. OÙ ET POUR QUI


On l'a appelé, entre autres, « l’apôtre du Midi ». Outre les huit départements de Midi-Pyrénées, il fait de nombreuses missions dans les Alpes Maritimes, les Bouches-du-Rhône, le Var, l’Aude et l’Hérault, la Corrèze, les Landes, la Dordogne, le Lot-et-Garonne, les Deux-Sèvres, la Vendée, la Vienne… et finalement un peu partout en France. Des régions donc peu homogènes. En fait là où on l’appelle, là où on l’envoie, et c’est toujours pour revigorer la foi du peuple et le courage de ses pasteurs. Nous verrons sans doute le soin particulier qu’il apporte aux hommes, aux enfants, qui ont leur jour réservé et des enseignements distincts, aux malades, à qui il donne la communion de bon matin. Toutes les âmes à gagner à Dieu se valent pour lui. Il est particulièrement à l’aise avec les pauvres gens, les paroisses de faubourgs, mais, de Rochefort, il a pu écrire : « Me voici devant un auditoire d’élite et au milieu d’une société d’élite, tout ce que la marine française a de plus distingué. Je touche ainsi, tu le vois, à tous les extrêmes, et je constate de plus en plus que notre doux Jésus est tout en toutes choses. »[1]

 

2. les méthodes d’un missionnaire inventif

 

Les méthodes? Faire savoir (tracts, affichages, cloches, visites décisives) ; s’adapter, attirer et retenir les curieux en recherche. Le Père opte pour une pastorale très diversifiée, adaptée à la variété de son auditoire, en particulier vers les enfants, les hommes, les femmes, les familles: petits sermons à dire en chaire, conférences dialoguées, visite de tous les malades de la paroisse, visite des hommes à leur travail, aux champs, mais aussi dans les usines… Il sait créer l’événement, multiplier les cérémonies, les processions, en les rendant festives à grand renfort de chants, fanfares, fleurs, guirlandes, flambeaux, plantation de croix, de statues de la Vierge. Il innove, invente, mobilise les familles, par les enfants du catéchisme,  dans une participation active aux préparations. Il confesse depuis les premières heures du jour, souvent en patois, s'attachant tout particulièrement à la conversion de  tel ou tel qui lui a été signalé. Par l'élan qu'il communique, il rend courage et espérance aux curés de campagne plongés dans le plus cruel isolement.


           

Le prédicateur est appelé nominativement, ou désigné par ses supérieurs sur la demande des évêques, ou même des curés, dans le but de réveiller une paroisse et la foi des baptisés, les ramener à la pratique. La Providence met sur sa route tel ou tel cas individuel à la conversion duquel il s’attache par la prière, et en y mettant beaucoup de soin, d’intuition autant que de discernement.

 

3. que sait-on des sermons du P. Marie-Antoine

 

Un livre de dix de ses sermons a été publié : Le Père Marie-Antoine Orateur – Choix de Discours (1ère série : il n’y en a pas eu d’autres), Les Voix Franciscaines, 1928, 176 pages. Une dizaine d’autres l’on été au coup par coup ou à l’intérieur d’autres ouvrages. Comme son discours d’ouverture à Rome du Congrès international du Tiers-ordre franciscain en 1900, publié à Milan en italien, et en France, mais aussi dans un Manuel du Pèlerin de Notre-Dame de Consolation, 1902. Très structurés, témoignant de la grande culture et de l’intelligence vive et profonde de son auteur, d’un esprit original, ils sont l’exception.


 

Le missionnaire improvisait toujours à partir d’un canevas médité (nous possédons un original, au dos d’une vieille enveloppe). Témoignage d’un chroniqueur religieux : « L’un prêchait de la philosophie, un autre faisait de la littérature, le Père prêchait l’Evangile. Il était difficile de voir dans son discours un plan bien tracé ou une ordonnance parfaite : il oubliait cela, il s’oubliait lui-même et il prêchait le Christ. »[2]  L’admiration d’un paysan de Viviers-lès-Montagnes : « Si le bon Dieu descendait sur terre, Il ne nous parlerait pas autrement »[3].

 Le P. Marie-Antoine chantant la Croix sur la Picardie. Dessin d'un pèlerinHymnea768laCroix.jpg


Un sermon peut nous donner une idée de ces improvisations, parce qu’il a été intégralement pris en note par plusieurs pèlerins et publié dans tous les carnets de voyage qui se sont multipliés au retour du 1er Pèlerinage en Terre Sainte de 1882, ainsi que dans plusieurs rééditions posthumes d’ouvrages du P. Marie-Antoine[4] : « Le salut à la Croix », une immense croix hissée et dominant la Picardie. Sermon savoureux, sublime… et grandiloquent, avec une excuse : six cents passagers amassés sur les ponts ont pu l’entendre, sans micro !  « Ce langage nouveau, familier, pittoresque, imprévu, émouvant, où l’on allait, presque sans transition du rire aux larmes, plaisait aux petites gens »[5]. « Il avait le talent d’être compris de tous les auditoires, il pouvait briller dans les grandes chaires des villes comme les petites églises de campagne. »[6]  À l’extérieur, devant des foules énormes, « c’est de son éloquence tout en cris », l’expression est de Huysman, que vint l’usage des invocations alternées entre le prédicateur et les pèlerins[7]. « Éloquence tout en cris qui déchaîne les foules et les entraîne à la révolution des esprits », le trait est d’Émile Zola dans son livre Les Foules de Lourdes, après avoir écouté le missionnaire dans la ville mariale. »[8]

 


On parle, pour ce siècle, de « rigorisme ». Le rigorisme des clercs est à l’antipode de ce fils de saint François missionnaire inspiré. Exigeant, certes, pour que chacun se donne les moyens de suivre son propre chemin de sainteté, mais d’une bonté attentive et presque joyeuse, la joie de l’espérance et de la foi en un Dieu miséricordieux qui relève celui qui tombe. Ses confessions presque « expédiées » touchent au plus profond des consciences, mais n’ont rien de jansénistes. Pastorale de la peur, demandez-vous ? Plutôt du cœur. Il préfère faire miroiter les couronnes à gagner dans le ciel et l’espérance d’un Dieu nécessairement vainqueur, mais peut utiliser, lourdement, « la pastorale de la peur », qui, dans certaines occasions, s’est imposée à lui[9].


Pour rejoindre un autre thème de l'étude, cliquer :

    d. Le grand apôtre de Lourdes .../...   e. Associations et presse .../... 
f. Critères d'évalutation  .../...   g. Une réputation de sainteté .../...   h. Ses écrits l'opportunité de leur réédition .../...
a. Le contexte historique .../...
   b. Une personnalité hors du commun .../...



[1] Lettres à sa famille, Éditions du Pech 2010. « À son neveu l’abbé Joseph Périlié »,  p. 341.

[2] P. Ernest-Marie de Beaulieu, édition 1928 p. 241.

[3] Semaine catholique de Toulouse 1864, p. 515

[4] Dans Le Père Marie-Antoine orateur déjà cité ou dans Souvenirs du pèlerinage de pénitence à Jérusalem en 1882, Henri Briquet éditeur à Saint-Dizier, ainsi que dans les Lettres à sa famille, rééditées aux Éditions du Pech, 2010 p. 266.

[5] Abbé Joseph Périlié, idem p. 88

[6] P. Ernest-Marie de Beaulieu, édition de 1909. Editeurs Voix Franciscaines – Édouard Privat, p. 87

[7] Abbé Joseph Périlié, idem p. 182

[8] Antonino Rossi, idem p. 393.

[9] Le Missionnaire de la justice divine, Rodez, 4 pages, 1877. Mes Souvenirs, Maison de la Bonne Presse, Paris, 1930, p.64


Date de création : 01/07/2012 16:17
Dernière modification : 08/08/2012 22:35
Catégorie : - Étude sur le Père Marie-Antoine
Page lue 1433 fois